Le SNEPAP-FSU s’élève contre les propos tenus dans communiqué diffusé ce mardi 17 avril par

Stéphane Jacquot, Secrétaire National de l’UMP en charge des questions pénitentiaires et des prisons,

tant il s’agit d’une grossière récupération politique.

Ce communiqué fait en effet suite aux auditions par

M. Jacquot de six organisations professionnelles représentatives à l’Administration Pénitentiaire, soit le

SNEPAP-FSU, SNP-FO-PS, SNP-FO-PD, CGT, CFDT Interco, le SNDP et prochainement, nous dit-il, l’UFAPUNSA.

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Si nous pouvons supposer que la CGT et FO ont été reçus suite à leur demande d’audience dans le cadre du

mouvement actuel des personnels de surveillance, le SNEPAP-FSU, quant à lui, a interpellé différents

candidats à l’élection présidentielle dont Nicolas Sarkozy via une plateforme revendicative rendue publique

le 19 Mars 2012. C’est à ce titre, et à la demande insistante de M. Jacquot, qu’une délégation du SNEPAP-FSU

l’a rencontré le lundi 16 avril. A ce jour, Philippe Poutou et Nicolas Dupont-Aignan nous ont répondu par

écrit, et nous avons été reçu pendant 1 heure par l’équipe de campagne de François Hollande, pendant 2

heures par celle de Jean-Luc Mélenchon et enfin pendant à peine 30 minutes par celle de… Nicolas Sarkozy,

qui aura donc été la seule à communiquer sur cette rencontre.

Le premier point de la plateforme présidentielle du SNEPAP-FSU s’intitule « une autre politique pénale est

possible
». M. Jacquot aura donc été saisi d’une distorsion cognitive fulgurante lorsqu’il déclare dans son

communiqué : « Ces entretiens ont permis de constater une convergence de vues sur la nécessité de poursuivre

les efforts engagés pour améliorer les conditions de détention et la situation des personnels.
» Comment M.

Jacquot peut-il affirmer que les efforts engagés par le président sortant ont abouti à une

« amélioration des conditions de détention et de la situation des personnels » ? Depuis le début de

l’année 2012, la France bat mois après mois le record de surpopulation carcérale, avec son cortège de

violences, d’atteintes à la dignité, à la santé tant physique que psychique des personnes détenues et de

dégradation des conditions de travail des personnels. De la loi sur les peines planchers en 2007, qui a fait

exploser les chiffres de la population pénale en milieu fermé comme en milieu ouvert, en passant par la loi

sur la rétention de sûreté en 2008, qui ôte tout sens à la peine, jusqu’à la toute dernière loi relative à

l’exécution des peines qui bat en brèche toute politique efficace de prévention de la récidive en faisant

primer le tout-carcéral, l’ensemble de la politique pénale du quinquennat n’aura fait qu’accroître le malaise

au sein d’un service public pénitentiaire exsangue et soumis aux injonctions paradoxales d’un pouvoir à la

dérive. Comment également penser que la situation des personnels, et notamment en matière de

sécurité, s’est améliorée quand le budget consacré aux nouvelles constructions l’a été au détriment

du fonctionnement de la Justice et notamment du recrutement de personnels tout corps confondu ?

M. Jacquot n’aura sans doute pas pris le temps de tenir seul une coursive dans un établissement

surencombré suite à la mise à exécution sommaire en février 2011 des peines en attente d’aménagement…

ni celui d’observer la mise en place les dispositions de la loi du 10 août 2011 dans des services administratifs

carencés, ni encore celui de comparer les chiffres des effectifs des personnels d’insertion et de probation

passés de 3041 à 2963 au cours de l’année 2011. C’est pourtant cette même année que les personnels des

services pénitentiaires d’insertion et de probation ont été mis en cause d’une manière aussi inédite

qu’inacceptable par le chef de l’exécutif lors des suites de l’affaire Pornic.

Non, M. Jacquot a préféré prendre le temps de rédiger un communiqué de presse vantant les mérites de la

politique du gouvernement et de la majorité actuels… S’il avait pris au moins la peine de défendre les

avancées de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, les affirmations de M. Jacquot auraient pu avoir

quelque crédibilité à nos yeux. Mais le programme de son candidat a le mérite d’être clair dans la mise à bas

définitive de l’héritage de cette loi pourtant votée sous cette même mandature mais qui avait sans doute le

tort d’être la seule loi pénale de ces dernières années à ne pas avoir été adoptée sous le coup d’un fait divers

sordide. Le candidat de l’UMP annonce ainsi l’interdiction de tout aménagement avant les deux tiers de la

peine, la généralisation des peines planchers aux cas de réitération… Bref, en matière de « poursuite des

efforts engagés », nous ne pouvons qu’observer la promesse de poursuivre et même de renforcer de la

politique sécuritaire qui n’a conduit à ce jour qu’à augmenter la surpopulation carcérale, les violences en

détention et la récidive. Comment, face à ce constat, oser parler de « convergence de vue » quand le

SNEPAP-FSU appelle à changer radicalement de cap en matière de politique pénale et pénitentiaire ?

Enfin, le détournement partisan par M. Jacquot de ses entretiens avec les organisations professionnelles

pénitentiaires est à mettre en perspective avec les attaques répétées du président-candidat et de son équipe

contre les syndicats de salariés. Encore hier, la porte-parole du candidat de l’UMP, Nathalie Kosciusko-

Morizet, accuse le SNU pôle emploi-FSU de violer son « obligation de neutralité » en appelant à voter contre

Nicolas Sarkozy, allant même jusqu’à qualifier la position du syndicat de « triste conception de l’engagement

syndical » et de dénoncer « les écrans qui veulent confisquer au peuple français sa capacité à décider

directement ». A l’évidence, l’importance accordée aux syndicats par l’équipe de campagne de Nicolas

Sarkozy est à géométrie variable et peut s’apparenter à de l’opportunisme primaire…

Le SNEPAP-FSU, avec d’autres organisations professionnelles, dans un récent communiqué intitulé

« Parlons enfin Justice », a appelé les candidats à remettre au coeur de cette campagne les questions

de fond en matière de Justice, absentes de manière très inquiétante du débat politique. Force est de

constater que pour le représentant de l’UMP, seule la communication préside dans cette campagne

au détriment des projets. Nous poursuivrons néanmoins nos interpellations des candidats en ce sens

et appelons ceux-ci à prendre position sur nos propositions plutôt qu’à s’appuyer sur notre action

militante pour tenter piteusement d’engranger des voix…

Le SNEPAP-FSU a fait le choix de ne pas donner de consigne de vote pour les élections présidentielles

et législatives à venir, tant les enjeux dépassent de loin les seules questions de justice pénale. Mais en

la matière, nul doute que ses adhérents et sympathisants ne sont aucunement dupes de ces petites

manoeuvres politiciennes…

LE PROGRAMME DE L’UMP ET DE SON CANDIDAT EST CLAIR, NOS MANDATS AUSSI !

Paris, le 20 avril 2012.