Les personnels d’insertion et de probation du SPIP 16 qui se sont réunis ce mardi 13 mai 2008 ont confirmé leur

grand mécontentement vis-à-vis d’un projet perçu comme méprisant et insultant pour eux, comme pour la

mission de prévention de la récidive qu’ils sont amenés à mettre en oeuvre.

Dans l’espoir d’infléchir la position de la DAP, ils ont donc choisi à l’unanimité de rejoindre ce jour le mouvement national en cours et de mettre en oeuvre les actions suivantes jusqu’au 30 mai, avec reconduction possible :

✔ Respect strict des 36 heures hebdomadaires

✔ Boycott d’APPI (Seuls les rapports urgents seront rédigés sur papier et transmis. Ils porteront tous un

bandeau informant du mouvement)

✔ Plus d’utilisation des véhicules personnels et suspension des déplacements professionnels (visite PSE,

permanences délocalisées, placements TIG…) sauf rendez-vous déjà pris.

✔ Boycott de toutes les réunions (internes, institutionnelles, partenariales …). En cas de réquisition écrite du

DSPIP, présence mais mutisme.

✔ Arrêt des tâches de secrétariat (accueil, téléphone…) en l’absence de la seule titulaire du poste

✔ Arrêt des entretiens à la maison d’arrêt, à l’exception des arrivants et des cas d’extrême urgence. Les

demandes seront traitées par courrier.

✔ Suspension des D.O.

✔ Signature de la pétition adressée à la Garde des Sceaux

✔ Information des parlementaires locaux et de la presse

✔ Suspension de la réflexion sur les nouveaux projets (culture, stage citoyenneté, accès aux droits…)

✔ Arrêt des préparations et de l’animation des 3 groupes de parole de prévention de la récidive actuellement en

cours (délinquants sexuels en milieu ouvert et à la maison d’arrêt, auteurs de violences conjugales en milieu

ouvert). A la prochaine séance, chaque participant sera reçu par son référent afin d’ assurer la transition avec

la reprise du suivi individuel.

Sur ce dernier point, l’équipe tient à apporter les précisions suivantes :

Cela fait maintenant dix ans qu’une poignée de personnels d’insertion et de probation alors dénués de direction,

se sont mobilisés en lien avec la psychologue assurant leur supervision, pour développer la méthode des

groupes de guidance en direction des délinquants sexuels. Depuis, tous ceux qui se sont succédés ont apporté

énormément de temps, de passion et d’investissement personnel dans le développement de cette action perçue

par chacun d’entre nous comme l’une des méthodes les plus pertinentes pour atteindre notre principal objectif

de prévention de la récidive des PPSMJ. Nous sommes pleinement convaincus du bien-fondé de ces groupes et

plus largement, de la définition de nos missions selon une logique de programmes. Le SPIP 16 a intégré dans sa

pratique cette dimension de la prise en charge collective, qu’il décline à travers la réflexion et la construction en

équipe de nouveaux dispositifs.

Qu’on ne s’y trompe donc pas : ce n’est pas de gaieté de coeur que nous cessons aujourd’hui cette action. C’est

après une réflexion approfondie liée aux évènements récents que nous avons décidé de tenir cette position.

Nous avons acté depuis longtemps le mouvement de redéfinition de nos missions mettant en évidence, outre le

volet social visant à lutter contre l’exclusion des PPSMJ en les maintenant ou les resituant dans un contexte de

droit commun, un volet criminologique visant à travailler spécifiquement sur les actes et le comportement. A ce

titre, la généralisation des PPR semblait une étape décisive dans ce processus ambitieux et nous n’avons pas

hésité à intervenir auprès des collègues pour leur faire part de notre conviction, comme nous le faisions déjà

depuis plusieurs années. Il était donc évident pour nous que la DAP se donnerait les moyens de ses ambitions et

oeuvrerait de manière cohérente, dans un sens favorable à la reconnaissance de la spécificité de nos missions et

à la maturation d’une identité professionnelle encore bien obscure.

Malheureusement, nous faisons aujourd’hui l’amer constat que la passion ne peut suffire à maintenir un

enthousiasme que nous jugions pourtant solide. De nombreuses difficultés contextuelles sont venues peu à peu

émousser notre motivation (160 à 200 mesures par agent, sous-effectif chronique en PIP et PA, locaux

exigus…), mais le projet de réforme statutaire en cours a été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase à ras

bord depuis plusieurs mois déjà…

Ecoeurés comme la majorité des PIP, de la teneur d’un statut qui nous cantonne à un rôle d’exécutant et refuse

de reconnaître cette technicité que la circulaire du 19 mars 2008 met pourtant en évidence, nous refusons de

continuer à cautionner le développement national d’un dispositif dont la généralisation ne peut se concevoir

raisonnablement à moyens constants. Nous ne voulons plus être la « vitrine » d’une évolution criminologique

qui perd son caractère positif en méprisant des personnels qui en sont potentiellement les acteurs principaux.

Nous avons conscience de la responsabilité qui est la notre en mettant fin, peut-être de manière définitive, à une

pratique professionnelle issue des efforts et de l’investissement des personnels de terrain, mais il y a un degré

au-delà duquel l’individu ne peut se contenter d’une reconnaissance verbale et de promesses repoussées aux

calendes grecques.

Nous attendons une avancée significative de nos statuts, proportionnelle à l’évolution et à

la technicité croissante de nos missions. La poursuite de la réflexion et de l’innovation

professionnelle ne pourront se faire sans une réelle reconnaissance des personnels !