13 réunions avec l’administration, pour débattre sur la problématique de la « Souffrance au Travail ». Ce groupe

de travail sous l’égide du Secrétariat général (SG) est constitué (outre l’administration) par tous les syndicats des

différentes directions du Ministère de la Justice. Il a comme objectif de réfléchir aux causes de la souffrance au

travail, de construire un plan d’actions et d’élaborer des préconisations afin de mettre en place des actions de

prévention.

Retour en arrière

Ces réunions plénières ou spécifiques dédiées à chacune des directions, doivent aboutir à la constitution d’un

plan et à sa validation par le Comité Hygiène et Sécurité Ministériel (CHSM) du 17 juin prochain.

La réunion du 12 mai était consacrée aux problématiques transversales et aux propositions d’actions selon le

document de travail intitulé « synthèse sectorielle », censé exposer la restitution et les conclusions des

remarques, analyses, propositions, pistes de réflexion des organisations syndicales et de l’administration.

Bien que sceptique, sur l’efficacité et surtout sur l’aboutissement des travaux de ce groupe de travail, la FSU a

participé aux réunions afin d’exposer les situations de tous les personnels du ministère de la justice. La FSU a

explicité les analyses qu’elle porte sur la dégradation des conditions de travail, en lien avec les décisions

politiques ministérielles qui transforment les missions, réorganisent le territoire en provoquant des fermetures

de structures, et des suppressions de postes, des surcharges de travail et la réorientation des métiers.

Synthèse liminaire

Lors de la réunion d’avril dernier, nous avons fait le très agréable constat que les interventions de la FSU et celles

des autres organisations avaient été prises en compte, En effet, l’administration acceptait faire le lien entre la

mise en place de la RGPP, la transformation des missions et la détérioration des conditions de travail des

personnels.

Ci-après, quelques-unes des remarques, concernant toutes les directions, rédigées par le SG. Le dialogue social

semblait avoir un sens pour l’administration, il ne s’agissait pas uniquement de réunir les représentants des

personnels pour mieux faire « avaler la couleuvre finale » :

« Un trait commun à l’ensemble des directions ministérielles est ressorti : les agents ne présentent pas une

fragilité de base face à la souffrance ou à la violence liées à la confrontation avec les réalités qu’ils doivent

approcher professionnellement.

Le choix d’exercer des fonctions au Ministère de la Justice n’est pas neutre. Il est, dans la plupart des cas, un signe

d’engagement fort pour les missions et responsabilités exercées. Dès lors, dans l’expression de la souffrance

collective au travail, ce sont les conséquences des réorientations des missions et des réorganisations

administratives qui arrivent en tête.

Les causes de souffrance ressenties sont notablement liées aux conditions de travail, à la charge de travail, aux

moyens employés pour faire face à celle-ci, à des problématiques de structures ou de management induites par

les facteurs précédents.

L’aspiration à la notion d’équipe, de service, de partage de la connaissance et de la compréhension des

objectifs, des missions et de leurs évolutions apparaît dans l’ensemble des directions.

Les restitutions rassemblées dans le présent document constituent un socle de réflexion et doit permettre de

dégager des propositions d’études transversales pouvant déboucher rapidement sur des mises en oeuvre

concrètes ».

Ce préambule était suivi des analyses et propositions détaillées et claires concernant les différentes directions,

avec parfois un regard particulier sur certains métiers (personnels administratifs et techniques par exemple). Ce

compte-rendu construit sur les réflexions et propositions des syndicats, posait les situations vécues par les

personnels de manière réaliste et projetait des propositions concrètes, tant en matière de résolution des

problèmes qu’en matière de prévention.

Synthèse finale

Les organisations syndicales ont bien fait de vivre pleinement ce moment rare d’être non seulement écouté, mais

entendu et compris par l’administration car il fut de courte durée.

Le 12 mai, les restitutions précédentes de 44 pages se réduisent à 6 (dont la page de garde) ! Ce n’est plus de la

synthèse, c’est de l’élagage !

L’analyse des causes de la détérioration des conditions de travail et des difficultés subies par les personnels

disparaît. RGPP, Missions, Fermetures, Suppressions deviennent des mots tabous qu’il est impossible d’inscrire

dans un texte officiel. Le texte est froid et déshumanisé, comme si la réflexion ne concernait pas des personnes.

Bien sûr le vocabulaire est très « managérial » : communication, ligne doctrinale, concept, doctrine, thématique,

instance de dialogue social (sic). Ces mots fleurissent tout au long des 5 pages.

Souffrance des personnels : un « alien » venu de nulle part

La FSU est intervenue et a exprimé fortement son mécontentement et sa colère face à ce texte étriqué,

aucunement à la mesure du thème abordé. Ce texte « peau de chagrin » illustre le mépris de l’administration tant

à l’égard des personnels qu’à l’égard des organisations qui les représentent. La FSU s’est engagée pleinement

dans la réflexion du groupe de travail, (avec les autres organisations), elle a eu à coeur d’enrichir les débats en

apportant les témoignages des personnels qui nous contactent et nous crient leurs difficultés.

Nous avons dénoncé cette synthèse illisible, sans transparence, sans vision, sans projet. La FSU a contesté

vigoureusement cette méthode odieuse de l’administration qui réussit un tour de prestidigitation incroyable :

d’un texte clair, elle fait un texte brouillé et sans envergure !

S’agissant de la souffrance, c’est une souffrance supplémentaire qu’elle inflige aux personnels en piétinant les

réflexions et préconisations des organisations syndicales qui parlent en leur nom et en réduisant leurs difficultés à

ces propositions (extraits) :

« élaboration des documents uniques fondée sur des trames communes ; organisation d’un suivi transversal des

préconisations et du suivi en matière de respect des règles d’hygiène et de sécurité ; développement de

l’intervention d’ergonomes dans les services ; statistique sur la détection de situation de souffrance collective au

travail ; sensibilisation et formation des cadres à la prévention ; réflexion sur la place et le rôle de la médecine de

prévention ; identification des acteurs habilités à engager une action de traitement d’une situation de souffrance

au travail ; mise en place d’un réseau d’aide psychologique commun à l’ensemble des agents ; élaboration d’un

protocole de conduite en cas de survenance d’un suicide ».

Voici la synthèse de 13 réunions ! Tout ça pour ça ! Un listage de projets dépourvus d’analyse et de volonté de

résoudre.

Toutes les organisations présentes sont intervenues dans le même sens, dénonçant l’absence de lisibilité,

l’absence de fond, l’étroitesse des propositions, la perte de temps et d’énergie, le mépris pour les personnels, le

décalage entre le texte et la réalité des terrains.

Attitude l’administration

Le représentant du SG a dû vivre un grand moment de solitude, seul à la tribune, Un seul représentant face aux

organisations syndicales. Manque de considération de la part de l’administration ? Sujet sans intérêt ? Peur de

l’affrontement ? On ne saura jamais ! Seul pas tout à fait, car devant l’étonnement de la FSU, le représentant du

SG nous a signalé la présence des autres directions. En effet, elles étaient toutes représentées, dans le grand

amphithéâtre, disséminées parmi les représentants syndicaux. Présents, mais spectateurs, face au Secrétariat

Général. Ils ont d’ailleurs été des auditeurs bien sages, ils ne sont pas intervenus, écoutant le « flot de toutes les

interventions » !

Remise au pas

Qu’a-t-il bien pu se passer entre le 7 avril et le 12 mai. Rien de notoire à nos yeux ! Les responsables des

différentes directions ont dû siffler la fin de la récréation. Maintenant cela suffit : nous avons écouté les

représentants des personnels, nous avons noté toutes leurs analyses, toutes leurs propositions… Mais le jeu du

dialogue social a assez duré. Et hop, le Secrétariat général ressort le projet selon la version première et officielle.

Que tout soit en ordre de marche pour le CHSM de juin. Nous aurions dû le pressentir car en avril, le DRH de la PJJ

avait assisté à la réunion. C’était une première, il est venu pour exprimer son désaccord sur les analyses

formulées par les organisations syndicales quant aux causes du mal être de la profession.

Final

Le représentant du SG nous a indiqué « qu’il ne pouvait pas répondre à toutes nos déclarations. Il a même dit son

étonnement, face à nos réactions, car ce texte reflétait tant les positions de l’administration que celles des

organisations syndicales, que ce n’était qu’un problème de formulation. Il a concédé que peut-être ce texte avait

besoin de quelques réajustements, et a même avoué « je sais qu’il ne veut rien dire !!!! ». Il a tenté de nous

convaincre de procéder à l’étude du texte. Peine perdue, les syndicats se sont mis d’accord de façon unitaire, pas

besoin d’une interruption de séance pour concertation. Nous nous sommes tous levés (FSU – CFDT – CGT –

C.JUSTICE – FO – USM – UNSA – SM), et les uns après les autres avons annoncé notre décision de quitter la

réunion. En deux heures, l’administration a fait l’unanimité et l’unité des organisations syndicales !

Paris, le 27 mai 2011

pdf_Souffrance_au_travail_-_13-05-2011