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SECURITE DANS LES ETABLISSEMENTS PENITENTIAIRES : UN PROBLEME DE DIAGNOSTIC

vendredi 17 janvier 2014 par Webmestre SNEPAP-FSU

C’est peu après minuit, ce mardi 14 janvier 2014, qu’il était mis fin à la prise d’otage d’une psychologue au quartier disciplinaire du centre de détention de Toul. Cet incident grave s’ajoute à une trop longue série d’agressions, qui se sont déroulées ces dernières semaines à Condé-sur-Sarthe, Marseille et dans plusieurs autres structures. Il s’ajoute également aux nombreux mouvements collectifs, réapparus en force durant l’été 2013 et qui ont essaimé dans de multiples établissements.

Le SNEPAP-FSU est aux côtés des autres organisations professionnelles pour soutenir les personnels agressés et saluer l’ensemble des personnels, partout en France, qui travaillent dans des conditions particulièrement difficiles. Cette agression doit être une énième occasion de marteler le refus indéfectible de la violence comme moyen d’expression. La Justice doit passer.

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Pour autant, le SNEPAP-FSU refuse que l’expression des personnels pénitentiaires soit réduite à des discours martiaux articulés autour du prétendu « laxisme sécuritaire » .

Le centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe est tristement sous les feux de l’actualité. Notre organisation a déjà eu l’occasion de se prononcer sur le concept même de ce type de structure. Lors du dernier Comité Technique Ministériel, le SNEPAP-FSU interpellait encore la Garde des Sceaux :
« les choix architecturaux, le gigantisme de cette dernière génération d’établissements pénitentiaires sont pourtant générateurs de souffrance au travail pour les personnels et de conditions de vie déshumanisées pour les personnes détenues. Les voyants d’alertes sont au rouge dans tous les établissements livrés ces dernières années et malheureusement les mêmes erreurs sont sur le point d’être commises pour les prochains établissements. Que dire en particulier des deux maisons centrales ultra-sécuritaires de Condésur-
Sarthe et Vendin-Le-Vieil ? Avant même l’ouverture de la seconde et au terme de quelques mois seulement de fonctionnement pour l’établissement de Condé-sur-Sarthe, les personnes détenues dénoncent leurs conditions de détention pendant que les personnels disent leur épuisement. A l’évidence, le calcul était mauvais et pourtant rien n’est venu interrompre ou au moins réviser un projet voué à l’échec de ces deux établissements. La seule contention n’a jamais permis d’assurer réellement la sécurité d’un établissement pénitentiaire quels que soient les moyens déployés. »

Les personnels intervenant dans cet établissement, tous corps confondus, sont au bord de la rupture ; certains d’entre eux, pourtant particulièrement expérimentés et ayant connu les structures les plus
difficiles, disent n’avoir jamais travaillé dans de telles conditions : sentiment de danger permanent, absence de projet d’établissement, rupture de la chaîne de commandement avec des personnels de surveillance et des officiers décrédibilisés auprès des personnes détenues, service pénitentiaire d’insertion et de probation sans solution, « stockage » (car il n’y a pas d’autre mot) de personnes détenues les plus dangereuses et les plus difficiles. Ces dernières arrivent dans un établissement dit de « rupture », conçu comme un bunker, sans aucune perspective d’avenir.

Aurait-on si tôt oublié les tristement célèbres Quartiers de Haute Sécurité ?

L’abandon des fouilles intégrales est régulièrement véhiculé comme responsable de ces séries d’agressions ; il est de notre responsabilité de rappeler que c’est bien le caractère systématique de ces fouilles qui a été remis en cause par la loi du 24 novembre 2009 dite « loi pénitentiaire » . En outre, cette évolution a été rendue incontournable par les multiples condamnations de l’État Français devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Pourquoi ce qui est possible dans de nombreux autres États de l’Union Européenne, en l’espèce une gestion pénitentiaire hors fouilles intégrales systématiques, ne pourrait-il pas l’être en France ? Il faut s’en donner les moyens.

Le SNEPAP-FSU n’accepte pas de voir ces moyens absorbés par les coûts de structures ultrasécuritaires qui n’ont, pour seule conséquence, que de produire de la violence et de l’insécurité, et de
dévaloriser la fonction des personnels qui interviennent en leur sein.
Portiques à ondes millimétriques, évaluation des publics pris en charge au regard des risques qu’ils présentent, afin de « cibler » les fouilles intégrales, renforcement en personnels, constituent des solutions efficaces quand bien même elles ne pourront supprimer le risque.
La sécurité « passive » ou « statique » est prédominante depuis des décennies. Elle est conjuguée à l’explosion de la population pénale au cours des dernières années, dans le cadre de politiques qui n’ont
pour le coup rien de « laxiste ». Elle est concomitante à l’insuffisance des moyens humains, matériels et budgétaires déployés par des gouvernements qui n’avaient pourtant que le mot « sécurité » à la
bouche. Attaquer aujourd’hui toujours plus violemment un Ministère sous l’angle du laxisme est une aberration, alors même, et c’est bien cela que nous critiquons, qu’il applique la politique mise en oeuvre
depuis plus de 10 ans.

Il est pourtant fondamental d’investir sur la sécurité dynamique : lien humain avec la disponibilité des personnels de surveillance et d’insertion et de probation ; investissement des services de droit
commun (abondement des services de santé en psychologues, psychiatres, infirmiers et médecins ; intervention des services de droit commun : emploi, formation, action sociale de secteur) ; espaces de
libération de la parole et d’apaisement des tensions (alors qu’un projet de consultation et d’expression des détenus, appelé par la loi pénitentiaire, a récemment été torpillé du fait d’une vision dépassée de
l’administration pénitentiaire), formation de l’ensemble des personnels, et pas seulement des personnels d’insertion et de probation, aux techniques d’entretien et à la résolution de conflits...

Enfin, le SNEPAP-FSU rappelle qu’une situation carcérale ne peut être viable sans déflation carcérale et qu’une politique pénale dynamique, détachée du dogmatisme sécuritaire, doit être menée.

Près de deux années après les déclarations d’intention, il en est trop d’attendre : les moyens doivent être alloués, les institutions doivent prendre leurs responsabilités, la réforme pénale, renforcée dans son ambition et sa cohérence, doit passer. Pour le SNEPAP-FSU, il est plus que temps de traiter enfin les questions de la surpopulation carcérale, des ressources humaines et des pratiques, éléments centraux dès lors que doivent être envisagés par les personnels
l’observation, l’écoute, le renseignement et la surveillance des personnes incarcérées qui présentent un réel risque sécuritaire.

Paris, le 17 janvier 2014










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